Je m’étais promis d’accorder ici une place à cette passion qui m’habite depuis mon plus jeune âge. La lecture.

Oui, même si cela n’a rien d’original, je vous parlerai des livres qui m’ont marquée. Mes études m’ont tenu assez longtemps éloignée de mes précieux, avec lesquels j’aime m’évader.

Une passion du livre, née lorsque j’allais à la bibliothèque avec la maîtresse. Lorsque maman me lisait des histoires. Cette relation presque charnelle avec le papier. On se modernise, maintenant l’ebook est d’usage. Je résiste. J’aime l’odeur du papier,  ce toucher si particulier, presque rugueux. Le bruit des pages que je tourne. J’aime plier les pages lorsqu’une phrase me plait. Ainsi, pour rien au monde je ne troquerai cet amour que je porte aux livres.

Mon déménagement a été l’occasion de redécouvrir ce qui se cachait dans ma bibliothèque. Du moderne, de l’ancien, de la littérature, des romans de gare. Des livres d’enfants ou d’adolescente. Et des livres de femmes. Du Flaubert, du Douglas Kennedy, du Stephenie Meyer,  du Khalil Gibran. Ou encore du Marguerite Duras.

Marguerite, une auteur dont j’ai récemment redécouvert l’univers. Un livre, l’Amant.

Marguerite Duras à 15 ans et aux environs de 60 ans

Marguerite Duras à 15 ans et aux environs de 60 ans

Une autobiographie, que j’ai lu lorsque j’avais 16 ans. A l’époque j’entamais une 1ère Littéraire, avec Madame Cazaban comme professeur. Une femme de caractère, grande, avec des cheveux ébouriffés. Une femme qui m’a fait découvrir la littérature du XXième.

L’Amant, le premier livre sexuellement explicite que j’ai lu. Un livre que je n’ai pas apprécié à sa juste valeur. Trop complexe, trop de symbolique. Une sorte de bazar rédigé, sans queue ni tête. L’histoire d’une jeune femme de 15 ans, vivant en Indochine. Le récit de son enfance, de son adolescence. De ses premiers pas dans la sexualité. Dans l’amour.

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Marguerite Duras (Donnadieu de son vrai nom) au lycée de Saïgon – 1er rang à gauche

Il y’a trois semaines, j’écrivais ceci après la lecture de quelques pages.

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L’Amant, le premier livre que j’ai ouvert en arrivant chez maman. Une période assez perturbante, j’étais perdue. Et lire Marguerite Duras m’a fait le plus grand bien. J’ai aimé me perdre dans les pensées, la douleur, l’amour, la nostalgie de cette femme.

J’ai compris que derrière cette histoire d’amour érotique, il s’agissait surtout de confier son douloureux parcours familial. Une atmosphère particulière. Des phrases presque sans fin. Des mots écrits au fur et à mesure de la pensée qui surgit. De l’imagination mêlée à l’autobiographie.

J’ai eu cette chance d’avoir une mère désespérée d’un désespoir si pur que même le bonheur de la vie, si vif soit-il, quelquefois, n’arrivait pas à l’en distraire tout à fait. (p.22)

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Pierre (le grand-frère), Marguerite, Marie Donnadieu (la mère), Paul (le petit frère) et les domestiques

Des passages entiers qui m’ont émue, fait vibrer, fait réfléchir. De nombreuses pages cornées pour savoir où retrouver mes phrases préférées.

Et ce dès la première page : Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit  » Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté » (p.9)

Cette façon qu’elle a de se décrire. De se perdre dans sa façon de le faire. De nous perdre dans sa façon de l’exprimer. Des phrases qui ont du sens, mais qu’il faut lire et relire pour en saisir le sens véritable.

Je pourrais me tromper, croire que je suis belle comme les femmes belles, comme les femmes regardées, parce qu’on me regarde vraiment beaucoup. Mais moi je sais que ce n’est pas une question de beauté mais d’autre chose, oui, d’autre chose, par exemple d’esprit. Ce que je veux paraître je le parais, belle aussi c’est ce que l’on veut que je sois, belle, ou jolie, jolie par exemple pour la famille, pour la famille, pas plus, tout ce que l’on veut de moi je peux le devenir. Et le croire. Croire que je suis charmante aussi bien. (…) (p.26)

Parler d’elle à la troisième personne du pluriel. Cette chose qui a fait que longtemps, j’ai eu du mal à comprendre de qui elle parlait. Pour enfin saisir que « la petite fille », « elle » c’est juste elle, Marguerite Duras .

Et cette première fois, les prémices. L’attente. La peur et l’impatience. La contemplation. Le refus de l’amour. La tristesse

(…) Lui il tremble. Il la regarde d’abord comme s’il attendait qu’elle parle, mais elle ne parle pas. Alors il ne bouge pas non plus, il ne la déshabille pas, il dit qu’il l’aime comme un fou, il le dit tout bas. Puis il se tait (…) elle lui dit : je préférerais que vous ne m’aimiez pas. Même si vous m’aimez je voudrais que vous fassiez comme d’habitude avec les femmes. Il la regarde comme épouvanté, il demande  c’est ce que vous voulez ? Elle dit que oui. Il a commencé à souffrir là, dans la chambre (…) (p.47-48)

Bref, un roman envoûtant que je conseille. Que dire de plus, un chef d’oeuvre dans lequel on a envie de se perdre. 

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