envie-ailleurs

« Ce matin, je me suis réveillée et j’ai fait le bilan. 30 ans. Divorcée. Retour chez Papa avec mon chat sous le bras. Et depuis quelques jours au chômage.

Ce matin, j’ai ouvert les yeux et je me suis dit que j’avais raté ma vie ! Il y’a peu, je me débrouillais pas trop mal. Je suivais tranquillement le chemin tout tracé par mes parents. Des études en sciences politiques, une carrière dans la Haute Fonction Publique. Comme Papa. Diplôme en poche, encartée et prête à me lancer en politique. Oui, j’étais là où je devais être. Attachée parlementaire, premier pas vers la carrière rêvée. Ou presque.

Il y’a peu, j’étais mariée à un homme idéal et brillant. Beau, charmeur et violemment cultivé. Mon mari, c’était celui qui devait me hisser encore plus vers les sommets. Mon mari, c’était celui qui rendait les autres femmes jalouses. Mon mari, c’était le genre d’homme qui me donnait l’impression d’être importante tellement sa confiance déteignait sur moi. Mon mari, ce salaud, m’a brisé le cœur lorsque j’ai découvert qu’il se tapait la voisine. Le pire, c’est que je n’ai jamais vraiment compris comment nous en étions arrivé là. Un an plus tard, appartement vendue, divorce prononcé. Carrière brisée car évidemment je n’avais plus la force de rien. Comment réaliser correctement mon travail alors que chaque jour je passais 1h sous la douche à pleurer ? Comment être efficace alors même que je n’avais qu’une envie, disparaître.

Ça n’a pas loupé. Le député pour lequel je travaillais m’a gentiment accompagnée vers la sortie. En veillant à ce que je sois à jamais grillée dans la profession. Ce milieu n’est que réputation et relations. Je suis une telle loque que même mon père ne peut rien faire pour rattraper le désastre que j’ai laissé au cabinet.

30 ans. Divorcée. Dans ma chambre d’étudiante. Avec Gustave, mon super chartreux, pour compagnie.

Ce matin, j’ai ouvert les yeux. Et je me suis dit que j’avais envie d’ailleurs. Quitter Paris pour Rome. Papa a une dépendance là bas, et il a eu la bonne idée de me transmettre ses gènes latins. Quitter Paris et partir enseigner le français dans un lycée romain. Je pourrais peut être contactée Grazia. Je suis sûre qu’elle pourra me donner des pistes. »

En réalité, ce matin-là, Josefina était en plein rêve. Elle rêvait d’un ailleurs qu’elle avait imaginé. Car dans la réalité, elle était maintenant dans un ailleurs qu’elle n’avait même pas envisagé.

Ce matin-là, Josefina ouvrit les yeux. Gustave était à ses pieds. Mais une autre petite bête était collée contre elle. C’était son fils Archie. Josefina rêvait souvent de cet ailleurs qui’ l’avait effrayée. Pourtant, il lui avait permis de s’échapper et de trouver l’équilibre qu’elle avait perdue.

Josefina était partie, oui. Mais pas à Rome. Elle avait simplement quitter Paris pour Nantes. Nouveau travail de consultante en stratégie médiatique, nouvel appartement. Nouvel ami. Et finalement, la vie avait repris son cours. Elle ne s’était jamais arrêtée.

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J’ai écrit ce texte dans le cadre de l’Atelier des Jolis Plumes que j’ai rejoint fin août. Amoureuse des mots, les lire et les écrire est une activité vitale à mon quotidien.

L’idée est que chaque mois, des blogueuses et blogueurs aimant l’écrit se retrouvent autour d’un thème. Ils publient ainsi un texte dans ce cadre sur leur blog respectif. C’est un bon moyen pour laisser parler son imaginaire, pour peaufiner sa plume et tout en vous invitant mes chers lecteurs à l’évasion. Ce mois-ci le thème était « Envie d’ailleurs ». 

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