Edit : Les récents événements concernant Adama Traoré ne font qu’amplifier ma colère et mon infini tristesse. Entre le traitement des médias français qui me laissent pantoise, certaines personnes de la classe politique parlant de « racaille », de « délinquant », les messages racistes lus ci et là…La bavure policière serait-elle donc impossible ?

Ce matin, je suis contrariée, et c’est peu de le dire. Deux Noirs, abattus par des policiers blancs à Bâton Rouge, en Louisiane, et Minneapolis, dans le Minnesota. On lit, on est triste. On s’offusque. Et on se dit que ce sont deux noms de plus à ajouter à la liste…

Une manifestation pacifique pour dénoncer les violences policières vire au drame, avec le meurtre de cinq policiers.

Ce matin, je me suis connectée sur les réseaux sociaux, comme à mon habitude. Et ont défilé les multiples messages de connaissances et d’inconnus condamnant ces actes à coup de slogan #BlackLivesMatter.

Ce matin, je suis donc fâchée devant ce que je qualifie d’hypocrisie à la française.

En tant qu’être humain, je condamne ces actes terribles. Je suis touchée et triste de voir que certains sont abattus comme des chiens par des personnes qui détiennent l’autorité et donc le pouvoir. Je me dis qu’Obama, président noir, le premier d’un pays anciennement esclavagiste puis ségrégationniste, devrait prendre des mesures plus sévères pour lutter contre ce qui souligne les disparités raciales du pays.

En tant que française métissée, en tant que fille d’un homme noir, en tant que personne racisée, en tant que personne afro-descendante, je déplore que mon pays, que mes compatriotes manifestent leur envie de changement pour les Etats Unis, alors même que chez nous, en France, des personnes sont victimes de discriminations, de racisme et de violences parce qu’ils sont noirs.

Vous me répondrez qu’en France, on ne meurt pas sous les balles d’un policier parce qu’on est noir. Vous avez raison (quoique cela reste à vérifier !)

Pourtant en France, on peut se voir refuser un logement parce qu’on est noir.

Pourtant en France, on peut se voir refuser un travail, parce qu’on est noir.

Pourtant en France, on se fait davantage contrôler par la police parce qu’on est noir (et donc forcément un jeune de banlieue qui casse tout, « c’est prouvé par les cahiers de garde à vue » cf. une connaissance brigadier de police). (Et merci la gauche d’avoir abandonné l’idée du récépissé de contrôle d’identité !)

Pourtant en France, on apparait moins souvent sur les affiches publicitaires, les devantures des librairies, les plateaux tv, les rédactions parce qu’on est noir…sauf quand il s’agit de faire la promotion d’une nouvelle chanson, d’une athlète qui nous a qualifiés aux JO, ou d’une jeune fille mariée de force qui relate son vécu dans un livre.

Pourtant en France, être noir, c’est faire partie d’une catégorie sous-représentée de la population. Et ça, personne ou du moins peu de gens le déplorent et/ou interpellent les pouvoirs publics pour y remédier.

Loin de moi l’envie de faire de la victimisation. Simplement d’interpeller sur une évidence invisible dans notre société qu’est la hiérarchisation entre certains groupes sociaux. Oui, être blanc en France est un privilège. Oui, être blanc en France signifie faire partie d’un groupe social dominant. Loin d’être une insulte, c’est une réalité. Et c’est en la reconnaissant, en la regardant en face que l’on arrivera à se débarrasser de ce système.

Si en tant que personne noire, j’écris cela, ce n’est pas pour exclure les personnes blanches. Ce n’est pas pour condamner les gens qui s’émeuvent des événements aux Etats-Unis. C’est pour les interpeller et les inviter à participer.

Au passage, je vous invite à lire ceci sur l’anti-racisme politique.

Et puis ça aussi 

1ère fois que je parle politique ici, j’avoue que j’ai hésité. Mais j’avais besoin d’exprimer mon ressenti sur tout cela.

Bon week-end les amis et à bientôt <3

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