L’acceptation de soi. L’acceptation de mon corps, et plus précisément de mon corps de femme s’est fait en plusieurs étapes. Me prendre en photo, me regarder avec bienveillance, ou du moins essayer, poser pour des photographes habillée, dévêtue puis nue. Un jour, je me suis trouvée face à une évidence. Ou plutôt des questions :

  • Pourquoi ne pas aimer mon corps dans sa complétude ?
  • Pourquoi ne pas aimer mon corps, même lorsqu’il me fait souffrir, qu’il me rend irritable, qu’il me fait saigner chaque mois pendant de longs jours ?
  • Pourquoi ne pas aimer mon corps, même lorsqu’il me transforme en jeune femme affamée, qui dévore tout sur son passage (ou presque), et regarde ses séries dans son canapé, un pot de pâte à tartiner dans la main ?

Je me suis nourrie de lectures, j’ai expérimenté diverses choses en rapport avec ma féminité, mon vagin, mon utérus (et je ne parle pas ici de sexualité). Bref, j’en suis maintenant arrivée à vous écrire ce billet. Non pas pour faire étalage de cette intimité (quoique je suis libre de raconter ce que je veux ici), mais plutôt pour vous parler de mon cheminement d’amour pour cet état naturel récurrent.

Oui, vous avez bien lu, je parle d’amour.

love menstruation

Je me souviens de la première fois. J’étais aux toilettes chez ma Tatie. C’était un samedi. Une envie de faire pipi et me voilà stupéfaite à découvrir cette tâche de sang. Discrète mais bien là. J’avais 11 ans. Je me rappelle avoir hurler « Maman, Tatie, j’ai mes rèèèèèèègles ! ». Et avoir ressenti une forme de fierté. J’étais enfin une grande. Il y a une anecdote rigolote ce même jour là. Mais par discrétion, je ne le raconterai pas. Je dirai simplement que les coïncidences sont parfois troublantes.

Adolescente, mes souvenirs sont assez vagues. Je me souviens avoir toujours fait en sorte que cela ne se remarque pas. Les garçons de 14 ans sont souvent moqueurs, et j’avais surtout peur qu’ils trouvent mes protections. Autre crainte, la fuite. J’ai pris la pilule assez tôt (14 ans justement), ainsi je sais que mon flux était ce qu’il y avait de plus « normal ». Idem pour les douleurs, je n’en souffrais qu’au tout début, alors que certaines de mes copines allaient jusqu’à faire des malaises tant les leurs étaient fortes.

A l’âge adulte, je suis passée par différentes phases. Fut une époque où ces dernières m’embêtaient. Énormément. C’était synonyme de saleté, et il faut dire que mon copain de l’époque n’aidait pas. Je me revois encore cacher les tampons ou protections dans la poubelle pour éviter de voir son visage dégouté. Il m’arrivait parfois de prendre ma pilule en continue par praticité, et aussi car cela me permettait de continuer à avoir une vie sexuelle. Un jour, mon gynéco remplaçant (un mec horrible paternaliste qui tentait de me placer (en vain) la nouvelle pilule de son labo préféré (je caricature, mais il fallait le voir avec ses prospectus et pub de labo) m’a parlé de l’implant « Vous verrez, plus de menstrues. » Autant vous dire qu’il ne lui a pas fallu batailler longtemps pour que j’accepte ce nouveau moyen de contraception…que j’ai fini par abandonner 2 mois après (prise de poids, acné avec kystes, peau grasse, rétention d’eau…) sans aucun regret. Les règles étaient de retour, mais cela ne me posait plus problème.

Finalement, si je réfléchis bien, c’est surtout dans le cadre de ma relation que ces dernières me gênaient. Car une fois célibataire, je ne leur accordais que peu d’importance. Elles étaient là. C’était l’occasion (et c’est toujours le cas) de laisser mon corps au repos, sans culpabiliser : pas de sport, boulottage de trucs sucrés et zonage à la maison en pyjama…bref, c’est un moment que j’ai commencé à apprécier. J’ai testé la coupe menstruelle, preuve que j’étais de plus en plus à l’aise avec mon état, et ce fluide rouge qui s’échappait de mon corps.

gif menstrues

Actuellement, je suis dans une phase d’amour. Pourtant, mes menstrues ne sont pas tendres. Depuis le stérilet cuivre, ces dernières sont très abondantes. Même hémorragiques. Au point de prendre des médicaments pour réguler tout cela. J’ai même connu des fuites au boulot, chose qui ne m’était jamais arrivé depuis mes premières fois, en tant que collégienne. J’appréhende parfois, au point que je double les protections. Je suis en phase d’amour, mais aussi en phase de réadaptation. Je n’ose pas encore racheter une coupe menstruelle (oui, j’ai perdu la précédente…je ne sais pas comment *rires*). Alors je dis bonjour aux tampons et protections (mais sans produits chimiques). Le sang qui s’écoule me fascine. Tellement qu’il m’est déjà arrivé de le regarder couler sous la douche. Voir ce sang rouge vif, ce rouge carmin, j’ai trouvé ça beau. J’ai même fait des photos car j’y ai trouvé une esthétique. Le sexe n’est plus un problème à cette période. Mon amoureux n’a pas d’aversion particulière,et sans faire un dessin, faire l’amour ne se résume pas à la pénétration. Je fais dans le détail, pardonnez-moi, mais c’est juste pour préciser que cet état ne doit pas nous empêcher d’être ou d’avoir envie de faire sur le moment.

Je réalise que je commence à aimer cet état. Je suis davantage fatiguée, je mange plus et je dors. Mais cela ne me pose plus problème. Tout simplement car mon corps me parle et que je suis maintenant suffisamment attentive pour écouter les différents signaux qu’il m’envoie. Si je devais penser à un idéal concernant cet état, j’aimerais que l’on se sente plus libre pour en parler. J’aimerais que l’on arrête d’en avoir honte. Ou que cela ne déclenche pas la révulsion, même si j’entends que la vue du sang puisse en décontenancer quelques un(e)s.

En fait, j’ai juste envie de dire que maintenant je suis sereine et contente. Contente parce qu’accepter cet état, c’est finalement avoir appris à connaître mon corps, à être à l’aise avec. A sortir de la vision médicale des règles. A dédramatiser si j’ai du retard, ou si elles sont en avance. Ou si mes intestins se retournent les premiers jours car les crampes utérines foutent le bazar. J‘ai aussi et surtout envie de vous dire « faites comme vous le sentez ». C’est un sujet intime, il n’y a pas de norme, de règle ou d’attitude parfaite à adopter. Alors découvrez ce que vous avez envie de découvrir, cela vous appartient. Et n’oubliez pas : en parler ne fera pas de vous une personne impudique. Juste une personne sur la voie de l’appropriation de son corps, ou déjà bien sur la lancée.

Si vous voulez en savoir plus sur le sujet :

Passion menstrues

Le journal de ma chatte : le tumblr / les vidéos

Alors, on parle menstrues ?

 

 

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