J’ai lu avec beaucoup d’attention la réponse du Premier ministre suite à la parution de l’article du NY Times « The way people look at us has changed : Muslim women on life in Europe ». Plusieurs choses m’ont interpellée :

La négation du vécu des femmes témoignant dans l’article du NY Times :

Si j’entends que le Premier ministre souhaite donner son point de vue, rétablir des « vérités » (si tant est qu’on les considère ainsi, ce qui est loin d’être mon cas !), je ne comprends pas qu’il balaie d’un revers le vécu de personnes en souffrance.

Ce que je conteste avec la plus grande vigueur, c’est que la journaliste donne la parole à des femmes de confession musulmane en prétendant que leur voix serait étouffée, et ce, pour dresser le portrait d’une France qui les oppresserait […] Les femmes musulmanes à qui cet article donne la parole expriment un point de vue. Elles sont libres de le faire. Mais l’exigence aurait dû porter la journaliste du New York Times à interroger l’immense majorité des femmes musulmanes qui ne se reconnaissent pas dans une vision ultra-rigoriste de l’Islam.

En plus de balayer le vécu (subjectif, mais quand même !) de personnes, il se permet ensuite de parler au nom d’autres femmes musulmanes, mentionnant un point de vue qui ne sera pas contesté (quelle femme irait clamer qu’elle porte et soutient les valeurs rigoristes de l’Islam dans le contexte actuel ? (attention, je ne porte pas de jugement sur ces fameuses valeurs). Ses propos font ainsi poids, sorte d’argument d’autorité d’autant plus fort qu’il s’exprime en tant que Premier ministre, fonction détentrice du pouvoir et dont la parole est jugé légitime et crédible.

En tant que personnes racisées (noire, maghrébine, asiatique…), nous sommes systématiquement confrontées à notre identité. Avant d’être français, nous portons les traits de l’étranger. Et nos interlocuteurs nous le font souvent remarquer. Cela suscite parfois la curiosité, l’intérêt bienveillant, et parfois le mépris ou le rejet. Aussi la caricature. Les blagues vaseuses…l’appropriation culturelle…Et pour comprendre cela il faut le vivre. Comment une personne blanche peut-elle statuer sur la véracité, sur l’existence de certains comportements alors même qu’elle n’y est pas confrontée ? Sous couvert d’antiracisme, sous couvert d’universalité, sous couvert de « nous sommes tous humains, nous sommes pareils malgré nos différences physiques », sont gommées ces caractéristiques qui, réaffirmées, défendues, seraient l’apanage du communautarisme (dangereux pour l’unité du peuple français). Et pourtant…

La mécompréhension de l’intérêt de se rassembler en non-mixité :

Selon le Premier ministre, les témoignages récoltés l’auraient été par, ou dans le cadre du camp décolonial, événement ayant fait les choux gras de la presse « Mon Dieu, un événement interdit aux Blancs » (voir ci-dessous)

[…] un « camp d’été décolonial ». Un camp qui, et cette information a son importance, était interdit – je cite – aux « personnes à la peau blanche »! Son but était de rassembler tous les partisans des communautarismes, tous les opposants à la mixité entre les personnes « blanches » et « non-blanches », tous ceux qui veulent, je cite encore, dénoncer le « philosémitisme d’Etat » dont la France serait victime.

Plutôt que d’essayer de comprendre la substantifique moelle de l’événement, le Premier ministre s’en tient à une description caricaturée et fausse. Ce dernier se focalise sur l’aspect biologique « les gens blancs, noirs, maghrébins » (alors même que la couleur de peau n’est pas l’unique critère de racialisation) là où il s’agirait plutôt de races au sens social.

En gros cet événement avait pour but de dénoncer un système (issu du passé esclavagiste et colonial français) qui continue de défavoriser, de stigmatiser et de nuire à certaines personnes. Il ne s’agissait donc pas d’un événement anti-blancs, mais d’un rassemblement politique permettant aux personnes victimes de ce système d’échanger, de s’organiser pour faire émerger et reconquérir la parole sur un sujet. Sujet qui a d’ailleurs trop longtemps été dénaturé par l’antiracisme moral, bien loin de s’intéresser aux problèmes d’ordre structurel et politique.

Si tu veux lire un article sur l’intérêt de la non-mixité des groupes engagés…je t’invite à aller lire l’article de Madame Sourire à ce sujet  (et son blog en général, très bonne source de réflexions !)

La laïcité

La laïcité, c’est la liberté pour chacun de croire ou de ne pas croire ; la liberté de pratiquer son culte, à condition de ne pas imposer ses pratiques ou ses croyances à l’autre.

Dans un premier temps, il faudra m’expliquer en quoi le port d’une croix, d’une soutane, d’une kippa ou d’un voile est l’imposition de pratiques ou de croyances. La laïcité est le concept qui symbolise la séparation de l’Eglise et de l’Etat (et donc de ses représentants…hum hum hum). La difficulté ici réside dans le fait que l’Etat est bien laïc…mais que l’espace public, lui, ne l’est pas (en raison des différentes libertés fondamentales constituant notre République !).  Bref, mis à part la loi portant sur la burqa (davantage relative à l’ordre public puisqu’il s’agit ici d’interdire une tenue masquant le visage…), nous pouvons donc jouir de notre liberté d’expression quelle que soit sa forme !

L’affirmation (utopique, hypocrite…j’avoue ne pas savoir choisir) selon laquelle les femmes françaises seraient libres :

En France, les femmes sont libres […] nous considérons bien au contraire qu’une femme qui a envie de se baigner n’a pas à rester dans l’ombre. Que les femmes ne peuvent être l’objet de la moindre domination. Et il y a bien domination masculine, dès lors que l’on considère que le corps de la femme doit être soustrait de l’espace public.

Les femmes ne doivent pas être l’objet de la moindre domination…pourtant on nous dicte ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas vestimentairement parlant. Des politiques se permettent de décréter ce que nous, FEMMES, avons le droit de porter. SÉRIEUSEMENT ?

On oppose la pudeur à la liberté de porter la jupe, alors même que cela n’a rien à voir. En tant que femme, je souhaite déambuler dans l’espace public sans me prendre une remarque parce que ma jupe montre mes jambes, parce que je porte un voile, une tenue traditionnelle, un piercing à chaque narine ou une coupe de cheveux courte. En tant que femme, j’aimerais que l’on arrête de m’interpeller dans la rue parce que je porte du rouge à lèvre. Je veux être libre de ne pas avoir à supporter le comportement macho, déplacé, vulgaire, irrespectueux de certains hommes qui pensent que le rôle d’une femme est d’assouvir leur bas instincts.

En tant que femme féministe, j’aimerais que l’on arrête de clamer « en 68, on s’est battu pour porter la jupe, elles vont pas nous faire chier avec leur voile« . J’aimerais que l’on défende TOUTES les femmes, y compris celles qui portent un maillot de bain dissimulant leur corps au lieu de l’éternel « legging  + tunique + tshirt manche longue + voile » pas du tout pratique.

En tant que femme, j’aimerais que l’on se focalise VRAIMENT sur l’égalité homme/femme : on se permet de donner des leçons aux autres, mais quid de ce qu’il se passe en France ? Des écarts de salaire, des femmes qui se font placardiser après une grossesse ? Qui sont écartées d’un poste sous prétexte qu’elles vont bientôt faire des enfants ? Qui n’ont pas d’augmentation ou de promotion car elles souhaitent aussi avoir une vie de famille ? A qui on demande de faire un choix : la carrière ou  la maison ? Et que dire de ces hommes qui nous gouvernent tout en agressant des femmes, font des blagues grasses, machistes et mysogynes et continuent d’exercer le pouvoir (en dépit des condamnations) ? « Le premier principe, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes » dit Manuel Valls…pardonnez-moi, mais je n’ai pas ce sentiment !

Si vous avez un avis, des choses à exprimer sur ce vaste sujet…faites vous plaisir ! (Si vous voulez lire la réponse du NY Times à Valls…C’est par ici 🙂 ).

Je retourne à mes occupations – préparer le prochain billet sur la Guadeloupe – oui, on parlera de choses plus légères !

A très vite XoXo

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