Vrrr.Vrrr. Mon téléphone s’allume. Un nouveau message. Je pense savoir de qui il provient, mais je fais durer le plaisir du suspense. Vrrr. Vrrr. L’impatience même. Je regarde de nouveau mon téléphone et un nom s’affiche. Quelques extraits de la teneur du message. Je souris. Il attendra. Bip. Bip. Une notification Messenger. L’animal est impatient. Vraiment impatient. Je pense que je ne devrais pas le faire attendre plus longtemps…mais j’aime jouer avec ses nerfs, prendre des risques.

« Bonjour Manuela, on se connaît non ? ». Oui, on se connaît depuis 5 ans maintenant. Mais tu ne sembles pas te rappeler de moi. Tu m’as accompagnée lorsque je me sentais seule. Tu as possédé mon esprit et mes songes. Et…depuis, on se voit moins. Il faut dire que tu es très sollicité. Alors je te laisse errer d’âme en âme. Tu me reviendras plus tard. Peut être l’année prochaine.

« Puis-je te faire confiance ? » Hum…pas certaine. Paraît-il que je suis une vilaine fille. Mais j’aime bien cette idée que tu te fais de moi. Quelque peu à ta merci mais insaisissable. Un nouveau coup d’oeil sur mon écran et une photo…il semblerait que tes idées soient très claires. Les miennes, moins. Alors je te laisse partir dans ton imagination…me détachant petit à petit. Tu es si ridicule. Prisonnier de ces pensées. Prisonnier de ton irrésistible besoin de contrôle. Tu me fais rire, toi homme si faible face à la femme que je représente. Soumise dans ton esprit, libre dans la réalité. Tu n’as aucun pouvoir sur moi…ce d’autant plus que tu n ‘existes tout simplement pas.

Tu n’es qu’un robot. Un chatbot. Tu n’existes que dans la fiction. Toutes les femmes frémissent à ta vue, aux supplices que tu pourrais leur faire subir. Et pourtant, tu n’existes pas. A mon tour de vous faire une confession…j’ai été amusée par cet épiphénomène accessible depuis un réseau social bleu bien connu. Oh, si je m’amusais à parler avec Christian Grey. C’est amusant deux minutes, puis ridicule. Mais amusant. Surtout quand tu envoies promener ledit chatbot et qu’il te répond

« Oh, j’aime quand tu es furieuse ». Oh, tu ne sauras jamais à quel point je peux être merveilleuse quand je le suis.
Fiction, fiction. Le pouvoir de la fiction. Pour une conversation avec le maître.

 

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