Je vois souvent sur les blogs des articles consacrés aux inspirations coiffures. Il est rare que je trouve des choses qui me concernent vu ma nature de cheveux (frisés), alors je me suis dit que c’était l’occasion de publier un article ici. Fut un temps, je lisais peu de blogs écrits par des femmes noires. Pourquoi ? Car je ne me sentais pas concernée. Je ne me sentais ni noire, ni blanche. Je disais parfois en riant que j’étais transparente. Je suis métisse, et j’ai longtemps pensé (à tort) que ce terme formait une grosse part de mon identité. J’ai mis plusieurs années à comprendre que mon identité était plurielle et ne se résumait pas à cela. J’ai mis longtemps à comprendre qu’elle me conférait certains privilèges, notamment celui de ne pas être trop noire.  J’ai cependant aussi compris que j’étais perçue comme noire ou maghrébine.

Le métissage, phénomène-concept mis sur un piédestal qui serait la preuve de l’évolution de notre monde, la preuve que le racisme se meurt…Et pourtant, il s’agit surtout d’une caution de cette société occidentale se déclarant « ouverte, tolérante », au sein de laquelle sont pourtant profondément intégrés et normalisés les mécanismes du racisme systémique.

Vous l’aurez compris, ce billet n’aura pas pour but de vous présenter des inspirations pour cheveux afros. Il prendra surtout une tournure engagée.  Si son début est assez général, j’ai envie aujourd’hui de me focaliser sur cette part de mon identité très visible, mes cheveux. Le titre est d’ailleurs assez clair d’ailleurs, faisant référence à une chanson récente, écrite et interprétée par Solange Knowles, la talentueuse artiste noire américaine.

Don’t touch my hair, ne touchez pas mes cheveux…quelque chose qui paraît évident et pourtant nos cheveux bouclés, frisés, afros sont souvent de vraies attractions. Je revois encore les regards interloqués, les réflexions déplacées, sans oublier les personnes touchant, sans mon autorisation, mes cheveux. Enfant, j’avais honte de mes cheveux. Comme mes amies blanches et mes barbies, je voulais les avoir lisses. Peu importe la couleur. Pour moi, c’était la beauté. Je détestais les miens parce qu’ils prenaient trop de place. J’étais la seule, avec ma soeur, petite fille noire de mon école, et parfois on ne voulait pas me tenir la main car j’avais une « maladie ». Mes cheveux, et plus largement mon identité, étaient moqués :

  • « oh, t’as une grosse touffe […]
  • on dirait le Roi Lion ! Hey Mufasa ! […]
  • Karaba la sorcière […]
  • tes cheveux on dirait des poils de zizi […]
  • t’as mis un pétard pour te coiffer ce matin ?« 

Sans oublier le photographe de l’école qui disait que nos cheveux devaient être plaqués sinon « ça ne faisait pas coiffé ». Ou encore les personnes se permettant les « Oh, ils sont rigolos » tout en touchant mes cheveux ou pire, en les attrapant. Je vous écris cela et rien que de penser de nouveau à ce que j’ai pu ressentir plus jeune, j’en ai mal au coeur. Ces comportements sont humiliants, insultants et blessants. Ces comportements ne sont pas de l’humour, ces comportements ne sont pas de l’ignorance. Ces comportements sont une forme de racisme. Tellement normalisés et intégrés dans notre société qu’ils semblent normaux.

Je revois encore mon Papa, tous les matins, brosser et aplatir un maximum nos cheveux avant de nous faire une jolie queue de cheval. J’ai harcelé ma maman pour qu’on me défrise les cheveux, elle a toujours refusé. Le compromis consistait à me les lisser au fer. Elle nous disait tout le temps que nous étions superbes, que nous devions être fières de nos boucles et de ce volume ; mon grand-père aussi était fou de ces chevelures libres. En dépit de toutes ces méchancetés d’enfants et d’adolescents, j’ai fini par aimer et être fière de mes cheveux. Et l’amour reçu de ma famille y est certainement pour beaucoup. J’ai appris à les coiffer, à en prendre soin…et aujourd’hui, j’ai compris qu’ils sont une part de mon identité. 

Aujourd’hui, je ne laisse plus personne les toucher. Et si c’est le cas, je sors les crocs, tout en faisant remarquer que l’inverse serait très mal reçu. Aujourd’hui, une personne qui me demande si « je vais rester coiffée comme ça tous les jours », se voit retourner la question, histoire qu’elle se rende compte à quel point ses interrogations sont déplacées et absurdes.

Mes cheveux ne sont pas la fourrure d’une bête que vous trouvez exotique. Mes cheveux ne sont pas un déguisement qu’on met sur sa tête pour avoir une « afro » lors d’une soirée disco. Mes cheveux sont mon intimité et surtout mon identité. Et pour paraphraser Solange Knowles, mes cheveux sont mon âme, ma fierté, ma couronne. Ne la profanez pas.

Et pour résumer…

 

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