Depuis quelques heures sur les réseaux, on voit de nombreuses femmes prendre la parole. Chacune contribue à alimenter ce hashtag devenu tristement populaire : #balancetonporc.

#BalanceTonPorc, c’est un homme dans le métro, ligne 14 à la station Gare de Lyon, qui me touche les fesses en agrippant fermement ma chair. J’avais 16 ans.

#BalanceTonPorc, c’est un homme dans le RER D, qui m’observe pendant 20 minutes en lisant sa bande dessinée. Je sors à Gare du Nord. Il me suit. J’arrive presque aux trains de banlieue. Il m’attrape par le bras et me demande si je veux boire un café. Je dis non. Il insiste et me tire, en tenant toujours fermement mon bras. C’est un vigile qui viendra à mon secours, m’ayant entendu crier fortement à cet homme qu’il me laisse tranquille. J’ai toujours 16 ans.

#BalanceTonPorc, ce sont ces hommes qui nous traitent de « putes » mes amies et moi. Il est minuit, nous montons les escaliers du métro en rigolant. Eux les descendent. On est heureuses, on est en robe, on est maquillées. On sort juste en boîte de nuit. J’ai 19 ans.

#BalanceTonPorc, c’est cet homme que je retrouve pour boire un verre. On s’est rencontrés via une application. J’attends 20 minutes à la sortie du métro Place Monge. Il arrive enfin, me salue et me dit « Désolé pour l’attente, j’étais en train de t’observer ». Nous allons boire ce verre malgré cette étrange entrée en matière. La discussion suit son cours puis il me demande quelles sont mes expériences sexuelles les plus glauques. Je réponds que cela ne le regarde pas et que sa question me met mal à l’aise. Il insiste. Je dis que je dois partir. Il veut payer. Je proteste. Le serveur refuse ma carte et le laisse payer toutes nos consommations. Je m’agace. Il me raccompagne au métro. Je lui dis au revoir et m’approche pour lui faire la bise (je sais, je suis trop polie, trop gentille…bref). Il m’attrape par les hanches et essaye de m’embrasser. Je tourne la tête et m’écarte. Il recommence. Je lui claque la joue avec ma main et lui dit que je refuse. Il finira par me dire « Oh, allez, je t’ai payé un verre ». Je pars en ayant peur qu’il me suive. Il réessaiera de me contacter. Je finirai par le bloquer. J’ai 24 ans.

#BalanceTonPorc, c’est cet homme à la salle de sport qui passe sa langue de façon obscène sur ses lèvres en me regardant. Je suis en train de m’installer sur la presse et j’ai les cuisses écartées. J’ai 27 ans, c’était il y a 3 mois. Je le regarde méchamment en pestant.

#BalanceTonPorc, ce sont ces deux hommes dans un camion. Il est 8h50, je descends l’avenue proche de mon bureau, j’entends klaxonner plusieurs fois. Je me retourne, ils me regardent en me faisant coucou. Pour la première fois, j’ose réagir et leur fait un gros doigt d’honneur. J’ai 27 ans, c’était il y a 15 jours.

J’aurais pu continuer, la liste est longue. Au travail, à la fac, au collège, dans la rue…comme beaucoup, j’ai vécu ces expériences malaisantes, humiliantes, agressantes.

En lisant les nombreux témoignages sur Twitter, je ressens de la colère. Subir cela au quotidien car on est femme, c’est injuste, c’est violent, humiliant et blessant. Ce n’est pas normal de subir des agressions verbales et/ou physiques. La lecture de ces témoignages me fait également ressentir de la fierté car nous prenons la parole pour les dénoncer, eux et leur comportement répréhensible. Voir cette mobilisation me donne aussi de l’espoir car on se rassemble, on se soutient. Nous sommes un collectif composé d’individualités déterminé-e-s à ne plus se laisser faire. Cela passe par la prise de parole, par l’action, par la justice. Nous sommes déterminées à ce que la société ouvre les yeux. Nous sommes déterminé-e-s à nous créer des espaces dans lesquels nous nous sentons en sécurité : pour nous organiser, pour témoigner, pour trouver des solutions. La guerre est lancée depuis longtemps et on commence à gagner des batailles…nous sortirons victorieuses, j’en suis sûre. Et soutien si toi aussi, tu as déjà vécu cela <3

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