Je ne sais pas trop comment on revient après plus de 9 mois de silence. Discrètement, un peu timidement. Je ne sais pas. Mais me voilà. Cela fait quelques semaines que ça me titille. Je suis revenue début septembre alors que cela faisait depuis janvier que je n’avais pas pensé à ce blog. Pour être honnête, je ne me rappelais même pas avoir posté un billet en début d’année.

Je me suis de nouveau connectée, en me trompant 2 fois sur le mot de passe du back-office. J’ai relu quelques billets et je me suis dit que je ne me débrouillais pas trop mal niveau écriture. Non pas que je parle ici de façon romancée, mais j’ai souri en lisant certaines de mes tournures de phrase. Pour être encore honnête, j’ai eu envie de faire quelques « travaux ». Ou plutôt une sorte de home staging. J’ai mis hors-ligne certains billets qui ne me plaisaient plus. Ou que je n’assume pas. J’ai organisé les catégories, car il faut le dire, c’était un sacré bordel. Et là, j’ai envie d’un thème plus simple. Et aussi de supprimer les photos où l’on voit mon visage. Parmi les gens qui me lisent, dont vous faites partie, certain·e·s me connaissent bien. D’autres de loin. Et beaucoup pas du tout. Bref, je n’ai pas forcément envie que mon visage soit connu. Ce n’est pas important. Un peu comme lorsque l’on choisit de retirer la photo de son CV. Cela ne change rien à ce que vous êtes intrinsèquement, cela ne vous rendra pas plus ou moins compétent·e de l’afficher.

J’ai lu tout à l’heure une personne sur Instagram qui parlait du fait de ne pas aller bien dans sa tête. Ce truc super tabou dont on parle à demi-mots. Ou alors dont on ne parle pas, préférant aller voir un psy, bouffer des cachetons ou carrément ne rien faire du tout. Se murer dans le silence. Je crois que j’ai traversé ce genre de phase. Je ne sais pas si j’ai été en dépression, ou dans un état fluctuant. Je sais juste que j’ai une tendance à la mélancolie assez forte depuis quelques mois. Ou depuis toujours. Peu importe finalement. Je sais simplement que lorsque je me mets en retrait, y compris auprès des gens qui comptent le plus dans ma vie, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Je me suis souvent sentie perdue, parfois avec l’envie de me barrer pour laisser derrière moi les événements complexes auxquels je devais faire face. Je parle bien d’événements, pas des gens qui pouvaient graviter autour (bon, sauf les méchant·e·s mais heureusement, je n’ai pas eu à faire face à des personnes toxiques ! ). Parce que soyons clair·e·s : il y a des périodes où les problèmes et inquiétudes s’enchaînent. Tu sens que l’énergie pour les gérer s’amenuise. Et t’as juste envie de faire pause très très longtemps pour retrouver le mojo et la force de combattre. Pour toi ou pour les tiens. Ou pour les deux.

Cet état m’a poussée dans mes retranchements. J’ai lu énormément de choses en lien avec des sujets qui me bousculent, me mettent en colère, me font perdre espoir et me rendent triste parfois. Des sujets pour lesquels j’ai une rage folle de vaincre : la lutte féministe et antiraciste, les préoccupations environnementales…J’ai le sentiment que la société voit sa perte arriver. Mais qu’elle ne fait rien. Comme si nous étions paralysé·e·s face à l’ampleur du boulot. Ou face à la crainte qu’un jour tout s’arrête.

J’ai l’impression qu’on est le cul entre deux chaises :

  • soit tu cries ta rage, tu bats le pavé, tu dis haut et fort ce qui ne va pas, tu bouscules l’ordre en marche (profondément capitaliste, patriarcal, blanc et nuisible pour notre planète), tu te fais harceler sur les réseaux sociaux car tu oses parler au nom des autres qui pensent comme toi, mais tu es pugnace et ça marche. Les choses avancent ;
  • soit tu es dans la mesure. Tu dis qu’il ne faut pas y aller trop fort, qu’on doit échanger dans la bienveillance, la tolérance, la tempérance. Que crier c’est mal, qu’il ne faut surtout pas s’énerver, s’impatienter. Que les gens écouteront plus si on est calme.

Sauf que…on n’a plus le temps d’être calme. D’être dans la mesure. La mesure, c’est un privilège. Certain·e·s peuvent se permettre d’être cool face à ces combats. Parce qu’iels sont privilégié·e·s par leur identité normée, par leur statut social, par leur état de santé (bon). Les combats politiques, sociaux, sociétaux ne sont jamais remportés avec gentillesse. Ils sont remportés grâce à des gens qui manifestent et protestent, avec tous les risques que cela comprend. Il y a des gens dont la survie dépend de ces combats. Alors non, on n’a pas le temps.

Si je me suis tue tous ces mois, c’est parce que je ne voulais pas passer pour la fille noire en colère. Parce que malheureusement, quand on dénonce un système en place nuisible pour une majorité, on fait chier. On passe pour quelqu’un de pessimiste. Pour une personne rebelle, indomptable, qui ne veut pas se fonder dans la masse informe de notre société. On vit dans un monde qui nous oblige presque à être heureux·se·s, peu importe le prix. Des injonctions contradictoires qui nous enferment et nous tuent à petit feu.

Ce silence, c’est aussi parce que je voulais trouver les bons mots pour vous parler de tout cela. Vous faire des reviews parfaites de mes lectures, de mes écoutes, de mes découvertes quotidiennes ; ce de façon compréhensible et pas alambiqué comme peut l’être ma pensée. Je me suis mise la pression toute seule, avec cette exigence qui a contribué à me faire disparaître de ce blog.

Alors voilà, aujourd’hui je reviens ici pour partager un peu de tout cela. De ma rage mais aussi de mon espoir. Car s’il y a bien une chose que j’ai pu constater ces derniers mois, c’est que nous sommes nombreux·se·s à se bouger. Nous sommes nombreux·se·s à nous battre : toi qui va marcher à la place de la République pour soutenir la « Justice pour Adama », toi qui travaille et rentre tard tous les soirs, et ne vois pas tes enfants, toi qui te retrouve seul·e à t’occuper de tes enfants, toi qui cherche à trouver des solutions pour être plus épanoui·e au travail, toi qui choisit d’être ton unique priorité…toi qui lutte pour ton amour, ton couple, ton mariage. Toi le·a professeur-e qui fait grève pour défendre ta vision de l’école pour tou·te·s. Tu es là, tu fais face et tu gères comme tu peux. Parfois tu craques, mais tu es là. Bref, je voulais juste dire que nous avons le droit d’être tout à la fois : plein d’espoir, de rage, de tristesse, d’amour, de colère. Et c’est cela que j’ai envie de partager à nouveau avec vous. En partie.

J’ai envie de vous parler du livre qui trône sur ma table de chevet depuis plusieurs semaines. De cette série que j’ai englouti en 1 semaine tant elle réhydrate la fille noire que je suis. De mes aspirations et projets de vie. J’ai questionné ma féminité, mon envie de maternité, mes projections professionnelles. Et je crois que je suis prête à en parler car je pense que ces questionnements peuvent être commun à d’autres personnes : des femmes de 28 ans comme moi, mais pas que. Si vous avez pris la peine de lire ces quelques mots…je vous en remercie.

C’est un come-back à la fois timide et déterminé, après le silence.

 

 

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