Devenir parent est un projet qui suscite divers sentiments chez moi. Je suis terrifiée par le monde dans lequel nous vivons, qui semble à deux doigts de basculer dans un néo-fascisme, destructeur d’écosystème de surcroit. Je me questionne, en me disant que mettre au monde un bébé, sans savoir si je le condamne à long terme, est une bonne idée. À cela s’ajoute mes propres questionnements de femme qui envisage la parentalité : vais-je être une bonne mère ? Comment vais-je supporter le fait d’être identifiée par la société comme une mère, et non plus comme un individu propre (pas mère de, femme de…) ? Aurais-je encore du temps pour moi, femme ayant un besoin excessif de temps juste pour elle ?

Ce projet de vie à moyen terme me pousse à me renseigner énormément. Je me nourris de nombreux témoignages et expériences de femmes : mes amies, ma maman, les connaissances de la vraie vie, celles d’Instagram. Sans oublier les lectures féministes qui déconstruisent l’image de mère que la société patriarcale nous impose, que cela soit psychologiquement et socialement – avec tous les enjeux politiques et de pouvoir que cela comprend.

Elles sont nombreuses à me rassurer ces femmes : en me confirmant que c’est un tourbillon, que parfois on se perd, mais qu’on se retrouve. Que cela est normal de douter, qu’on fait des erreurs. Que personne n’a la bonne réponse. Que finalement, la parentalité, c’est quelque chose de très personnel et que personne n’a la vérité absolue sur ce sujet (bon, hormis le fait que les violences sur enfant sont interdites. Et on est d’accord que cela concerne tous les êtres vivants).

Il y a quelques jours, un article de l’influenceuse Caroline Receveur a enflammé les réseaux sociaux. Piquée par la curiosité, j’ai pris le temps d’aller le lire bien que je ne fasse pas partie de sa communauté.
Elle y parlait de son expérience de la maternité : son accouchement par césarienne planifié**, son souhait de ne pas allaiter, le fait d’avoir pris une nurse pour l’accompagner durant les premiers mois de vie de son bébé…J’avoue avoir été étonnée lors de ma lecture. Après tout, dans son témoignage, certaines choses sont peu courantes, comme le fait d’avoir une nurse. C’est pourtant commun pour de nombreuses familles aux US, en Angleterre, dans certains pays d’Asie comme Hong-Kong…

Oui, j’ai été étonnée et je me suis demandée ce que moi je ferais en tant que mère. Dans mon monde idéal de future mère, j’aspire à allaiter, à accoucher par voie basse dans un environnement où on me laisserait la liberté de suivre mes ressentis et mes sensations. J’aspire à materner mon bébé, au sens propre du terme. Alors oui, le témoignage de Caroline Receveur en est très éloigné.

Certaines femmes se sont senties jugées dans leur choix. Elles se sentaient critiquées dans leur choix d’allaiter (cela exclurait le père) ; pour d’autres qualifier l’accouchement comme quelque chose de violent était un scandale ; et enfin avoir une nurse était la preuve que cette jeune maman prenait son bébé pour une poupée qu’on garde uniquement pour les moments « faciles » (donc pas la nuit à 3h du matin).

En tant que femme, féministe, pro-choix…j’ai été choquée de lire autant de jugements et de propos violents à l’égard de cette femme connue. Choquée que cette femme soit jetée en pâture, harcelée, insultée par d’autres femmes pour avoir exposé de façon transparente ses choix de mère. Je me suis demandée pourquoi autant de personnes réagissaient aussi négativement, parfois dans la moquerie et la violence la plus banale ; alors même qu’elles prônaient pour beaucoup la tolérance, tout en disant qu’aimer son enfant était finalement le plus important. Contradictoire, n’est-ce pas ?

Vous savez, j’ai toujours peur du regard des gens. De ce qu’ils vont penser en me lisant ici, sur les réseaux sociaux ou ce que j’accepte de partager au détour d’une conversation. Parfois, cela m’a bloquée au point de ne plus rien dire. En témoigne mon absence ici pendant ces longs mois. Parce que je n’aime pas rester sur ce genre de sentiments, je me suis rappelée deux principes lus dans les Accords Toltèques de Miguel Ruiz :

    • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle : ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité, de leur rêve.
      Ainsi les paroles qu’ils formulent, les actes qu’ils réalisent ne sont que l’expression de leur réalité. Il faut, autant que faire se peut, prendre du recul car ramener à soi les actions d’autrui génère forcément des émotions négatives et donc un mécanisme de défense. Prendre du recul, c’est finalement se préserver de cela et laisser à l’autre la responsabilité de ses actions.
    • Ne faites aucune supposition : ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.
      J’ai compris que supposer, c’était donner vie à mes hypothèses, en faire des croyances. Ces croyances avaient bien souvent un impact négatif puisque j’imaginais à tort que telle personne avait des choses à me reprocher. Me libérer de cette façon de penser a été un vrai soulagement émotionnel.

Alors bien entendu, j’ai aussi mes faiblesses et appliquer ces principes n’est pas évident tous les jours. On est souvent vite rattrapé·e·s par ses vieux démons (ou les démons de la société dans laquelle on vit).

Bref, j’ai eu envie de réagir car en lisant l’article de Caroline Receveur, j’ai senti la volonté d’être transparente et d’assumer ses différences. J’ai aussi lu une confession : celle de la vulnérabilité, assumée. Et ça, c’est quelque chose de courageux. Pourquoi ? Parce qu’on vit dans un monde où on a honte de dire quand cela ne va pas, quand on a besoin d’aide. On préfère parfois se taire et assumer seul·e, quitte à atteindre gravement à sa santé (et parfois même à sa vie). La différence assumée aussi…encore quelque chose qui dérange dans une société où l’on gomme le caractère unique de chaque individu, au profit d’une masse informe, uniforme et docile.

Enfin, ce témoignage est un exemple du souhait des femmes à disposer de leur corps comme elle le souhaite. Que l’on soit d’accord ou non avec une césarienne dite « de confort », il est important de rappeler qu’une femme est libre de choisir ce que son corps va vivre, n’en déplaise à notre société patriacarle pourrie. Nous avons le droit d’être correctement informées des risques d’un accouchement (par voie basse et césarienne), et de poser des questions à ce sujet. De parler de nos craintes et de dire non à certaines pratiques. Bref, de faire nos choix en toute conscience pour notre accouchement, avec bien entendu l’accompagnement d’un·e médecin.

Certain·e·s y ont vu un témoignage marketé d’une influenceuse de téléréalité. Moi j’y ai vu un témoignage libérateur, adressé à toutes ces femmes anonymes qui se taisent pour être acceptées, et surtout se protéger du jugement sévère de leur pair.

À une époque où il est bien vu de parler d’égalité des sexes, de militer pour une réelle parentalité partagée, on n’aura jamais autant injonctionné les femmes à être des mères parfaires. Preuve qu’on a encore du boulot niveau militantisme 🙂

À bientôt !

**Sur la césarienne dite de confort, à lire :

Déclaration de l’OMS sur les taux de césarienne

La césarienne de convenance – Revue Cairn

Toutes les questions que vous n’osez pas poser sur la césarienne

Arrêtons de stigmatiser la césarienne

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